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Rien ne destinait Fred Lacoste à s’installer durablement au Panama. Français, installé aux États-Unis, il rentre en France en 2001 à la suite du décès de sa mère. Avec sa femme, de nationalité suédoise, il décide alors de prendre le large : ils partent faire le tour du monde à la voile. Une parenthèse qui devait durer quelques années et qui va finalement redessiner toute une vie.

Fred Lacoste est un Français expatrié au Panama depuis 2006. Installé à Playa Venao sur la façade pacifique, il y a fondé l’école de surf de Venao, un skatepark et un hôtel pensé pour la communauté des riders. Il développe aujourd’hui Azurpanama, un projet immobilier de 120 hectares.

Du voilier à la terre ferme : un atterrissage imprévu en 2006

Le récit bascule lorsque la femme de Fred Lacoste tombe enceinte de jumeaux. Impossible d’élever deux nourrissons à bord d’un voilier en pleine traversée. Le couple jette l’ancre au Panama, avec une projection mentale courte : deux ans, le temps de la naissance et des premiers mois, puis retour aux grands fonds.

L’histoire en décide autrement. Vingt ans plus tard, Fred Lacoste vit toujours sur cette même bande de Pacifique. Ce qui devait être une halte est devenu un point d’ancrage — au sens propre comme au figuré.

Le Panama est-il vraiment sûr pour s’expatrier ?

Oui. Le pays se classe régulièrement parmi les nations les plus stables d’Amérique centrale, avec un niveau de criminalité bien inférieur à celui du Guatemala, du Honduras ou du Salvador. Fred Lacoste résume : « Aujourd’hui, quand je vais passer deux jours à Panama City, je laisse la maison ouverte, sans problème. » Une anecdote qui en dit long sur le climat de confiance, surtout dans les zones rurales du Pacifique.

Playa Venao, le spot brut qui devient destination

Surfeur depuis sa jeunesse, Fred Lacoste comprend vite ce qu’il a sous les yeux. Une longue plage en arc de cercle, exposée au swell pacifique, avec une vague régulière qui casse sur du sable. Autrement dit, un beach break — bien plus tolérant et accessible qu’un reef break sur corail ou rocher.

Le potentiel saute aux yeux. Pas les infrastructures. À l’époque, l’endroit est presque vierge : pas d’écoles, pas d’hébergements dédiés, aucune structure pour former les enfants du coin. Le surf existe, mais en mode confidentiel.

La naissance de l’école de surf de Venao

L’aventure entrepreneuriale commence par un geste paternel. Fred emmène ses enfants dans l’eau tous les jours. D’autres familles repèrent le manège. On lui demande s’il accepterait d’initier les leurs. Il dit oui. L’école se monte sans business plan, sans investisseur, sans étude de marché — juste sur la demande locale.

Aujourd’hui, ce qui n’était qu’un service de proximité fait partie des structures les mieux installées de la côte. Les générations passent dans l’eau ; certains élèves débutants sont devenus moniteurs.

Du skatepark à l’hôtel : bâtir un écosystème complet

Un surfeur ne vit pas que de vagues. Fred Lacoste prolonge le projet en construisant un skatepark — pour les jours sans swell — puis un hôtel d’une soixantaine de chambres pensé pour les voyageurs venus rider. La logique est claire : transformer Playa Venao en destination internationale, capable d’accueillir un jour des compétitions de haut niveau.

Le pari tient debout. Le spot coche les cases techniques (vague constante, fond sableux, accessibilité), climatiques (saison sèche prolongée sur le Pacifique) et sécuritaires.

« Panama est un eldorado. La population est hyper accueillante. Les gens viennent vraiment de partout, c’est quasiment impossible de dire à quoi ressemble un Panaméen type. Parmi les Indiens, il y a jusqu’à sept communautés différentes. » — Fred Lacoste

Azurpanama : le marchand de biens prend la relève du surfeur

L’énergie déborde le cadre du surf. Fred Lacoste développe désormais Azurpanama, un projet immobilier de 120 hectares. La diversification n’est pas une rupture mais une continuité : valoriser un territoire, le rendre habitable et attractif pour ceux qui voudront, à leur tour, troquer une vie européenne contre une qualité de vie tropicale.

« Ça ne me ressemble pas de ne rien faire, il faut toujours que j’aie un projet en cours », confie-t-il. La phrase pourrait servir de devise.

Surfer au Panama : un littoral à deux visages

Avec ses deux façades océaniques, le Panama offre l’un des linéaires côtiers les plus diversifiés d’Amérique centrale.

Côte pacifique

  • Playa Venao (péninsule d’Azuero) : beach break régulier, accessible toute l’année
  • Santa Catalina : vagues plus puissantes, référence des surfeurs intermédiaires à confirmés
  • Punta Chame : spot de kitesurf et de surf en saison
  • Climat : l’un des plus secs du pays, saison favorable d’octobre à avril

Côte caraïbe

  • Bocas del Toro et l’archipel : vagues puissantes sur les récifs, saison de novembre à mars
  • La côte caraïbe, plus capricieuse, propose quant à elle des vagues puissantes, prisées des surfeurs expérimentés.

Comparé au Costa Rica voisin, le surf panaméen reste moins structuré : moins d’écoles, moins de complexes hôteliers spécialisés, moins d’événements. Cette jeunesse de l’écosystème est précisément ce qui attire les pionniers comme Fred Lacoste — et ce qui dessine la marge de croissance pour les dix années à venir.

Vingt ans d’expatriation : ce que Fred Lacoste retient

Trois leçons reviennent dans son discours :

  1. Le timing fait la moitié du chemin — arriver tôt sur un territoire encore peu visité change tout. Quand le couple s’installe, le tourisme panaméen est balbutiant. Aujourd’hui, le pays attire chaque année plusieurs millions de visiteurs internationaux.
  2. L’adaptation prime sur la nostalgie — « Le Panama offre une qualité de vie incomparable à la vie en France, mais il faut être prêt à s’adapter à de nouveaux standards. »
  3. La densité humaine reste un luxe inversé — quand Fred a commencé à surfer le samedi à Venao, ils étaient une dizaine dans l’eau. Aujourd’hui, environ une centaine, étalés sur cinq kilomètres de plage. Pour lui, c’est encore une rareté à l’échelle mondiale.